Chapter 1 of 29
I
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Où l'on commence à ne pas comprendre
Ce n'est pas sans une certaine émotion que je commence à raconter ici
les aventures extraordinaires de Joseph Rouletabille. Celui-ci, jusqu'à
ce jour, s'y était si formellement opposé que j'avais fini par
désespérer de ne publier jamais l'histoire policière la plus curieuse de
ces quinze dernières années.
J'imagine même que le public n'aurait jamais connu toute la vérité sur
la prodigieuse affaire dite de la «Chambre Jaune», génératrice de tant
de mystérieux et cruels et sensationnels drames, et à laquelle mon ami
fut si intimement mêlé, si, à propos de la nomination récente de
l'illustre Stangerson au grade de grand-croix de la Légion d'honneur, un
journal du soir, dans un article misérable d'ignorance ou d'audacieuse
perfidie, n'avait ressuscité une terrible aventure que Joseph
Rouletabille eût voulu savoir, me disait-il, oubliée pour toujours.
La «Chambre Jaune»! Qui donc se souvenait de cette affaire qui fit
couler tant d'encre, il y a une quinzaine d'années? On oublie si vite à
Paris.
N'a-t-on pas oublié le nom même du procès de Nayves et la tragique
histoire de la mort du petit Menaldo? Et cependant l'attention publique
était à cette époque si tendue vers les débats, qu'une crise
ministérielle, qui éclata sur ces entrefaites, passa complètement
inaperçue. Or, le procès de la «Chambre Jaune», qui précéda l'affaire de
Nayves de quelques années, eut plus de retentissement encore. Le monde
entier fut penché pendant des mois sur ce problème obscur,--le plus
obscur à ma connaissance qui ait jamais été proposé à la perspicacité de
notre police, qui ait jamais été posé à la conscience de nos juges. La
solution de ce problème affolant, chacun la chercha. Ce fut comme un
dramatique rébus sur lequel s'acharnèrent la vieille Europe et la jeune
Amérique.
C'est qu'en vérité--il m'est permis de le dire «puisqu'il ne saurait y
avoir en tout ceci aucun amour-propre d'auteur» et que je ne fais que
transcrire des faits sur lesquels une documentation exceptionnelle me
permet d'apporter une lumière nouvelle--c'est qu'en vérité, je ne sache
pas que, dans le domaine de la réalité ou de l'imagination, même chez
l'auteur du _double assassinat, rue morgue_, même dans les inventions
des sous-Edgar Poe et des truculents Conan Doyle, on puisse retenir
quelque chose de comparable, QUANT AU MYSTÈRE, «au naturel mystère de la
Chambre Jaune».
Ce que personne ne put découvrir, le jeune Joseph Rouletabille, âgé de
dix-huit ans, alors petit reporter dans un grand journal, le trouva!
Mais, lorsqu'en cour d'assises il apporta la clef de toute l'affaire, il
ne dit pas toute la vérité. Il n'en laissa apparaître que ce qu'il
fallait pour expliquer l'inexplicable et pour faire acquitter un
innocent. Les raisons qu'il avait de se taire ont disparu aujourd'hui.
Bien mieux, mon ami doit parler. Vous allez donc tout savoir; et, sans
plus ample préambule, je vais poser devant vos yeux le problème de la
«Chambre Jaune», tel qu'il le fut aux yeux du monde entier, au lendemain
du drame du château du Glandier.
Le 25 octobre 1892, la note suivante paraissait en dernière heure du
_Temps_:
«Un crime affreux vient d'être commis au Glandier, sur la lisière de la
forêt de Sainte-Geneviève, au-dessus d'Épinay-sur-Orge, chez le
professeur Stangerson. Cette nuit, pendant que le maître travaillait
dans son laboratoire, on a tenté d'assassiner Mlle Stangerson, qui
reposait dans une chambre attenante à ce laboratoire. Les médecins ne
répondent pas de la vie de Mlle Stangerson.»
Vous imaginez l'émotion qui s'empara de Paris. Déjà, à cette époque, le
monde savant était extrêmement intéressé par les travaux du professeur
Stangerson et de sa fille. Ces travaux, les premiers qui furent tentés
sur la radiographie, devaient conduire plus tard M. et Mme Curie à la
découverte du radium.
On était, du reste, dans l'attente d'un mémoire sensationnel que le
professeur Stangerson allait lire, à l'académie des sciences, sur sa
nouvelle théorie: _La Dissociation de la Matière_. Théorie destinée à
ébranler sur sa base toute la science officielle qui repose depuis si
longtemps sur le principe: rien ne se perd, rien ne se crée.
Le lendemain, les journaux du matin étaient pleins de ce drame. _Le
matin_, entre autres, publiait l'article suivant, intitulé: «Un crime
surnaturel»:
«Voici les seuls détails--écrit le rédacteur anonyme du _matin_--que
nous ayons pu obtenir sur le crime du château du Glandier. L'état de
désespoir dans lequel se trouve le professeur Stangerson,
l'impossibilité où l'on est de recueillir un renseignement quelconque de
la bouche de la victime ont rendu nos investigations et celles de la
justice tellement difficiles qu'on ne saurait, à cette heure, se faire
la moindre idée de ce qui s'est passé dans la «Chambre Jaune», où l'on a
trouvé Mlle Stangerson, en toilette de nuit, râlant sur le plancher.
Nous avons pu, du moins, interviewer le père Jacques--comme on l'appelle
dans le pays--un vieux serviteur de la famille Stangerson. Le père
Jacques est entré dans la «Chambre Jaune» en même temps que le
professeur. Cette chambre est attenante au laboratoire. Laboratoire et
«Chambre Jaune» se trouvent dans un pavillon, au fond du parc, à trois
cents mètres environ du château.
«--Il était minuit et demi, nous a raconté ce brave homme (?), et je me
trouvais dans le laboratoire où travaillait encore M. Stangerson quand
l'affaire est arrivée. J'avais rangé, nettoyé des instruments toute la
soirée, et j'attendais le départ de M. Stangerson pour aller me coucher.
Mlle Mathilde avait travaillé avec son père jusqu'à minuit; les douze
coups de minuit sonnés au coucou du laboratoire, elle s'était levée,
avait embrassé M. Stangerson, lui souhaitant une bonne nuit. Elle
m'avait dit: «Bonsoir, père Jacques!» et avait poussé la porte de la
«Chambre Jaune». Nous l'avions entendue qui fermait la porte à clef et
poussait le verrou, si bien que je n'avais pu m'empêcher d'en rire et
que j'avais dit à monsieur: «Voilà mademoiselle qui s'enferme à double
tour. Bien sûr qu'elle a peur de la «Bête du Bon Dieu»!» Monsieur ne
m'avait même pas entendu tant il était absorbé. Mais un miaulement
abominable me répondit au dehors et je reconnus justement le cri de la
«Bête du Bon Dieu»!... que ça vous en donnait le frisson... «Est-ce
qu'elle va encore nous empêcher de dormir, cette nuit?» pensai-je, car
il faut que je vous dise, monsieur, que, jusqu'à fin octobre, j'habite
dans le grenier du pavillon, au-dessus de la «Chambre Jaune», à seule
fin que mademoiselle ne reste pas seule toute la nuit au fond du parc.
C'est une idée de mademoiselle de passer la bonne saison dans le
pavillon; elle le trouve sans doute plus gai que le château et, depuis
quatre ans qu'il est construit, elle ne manque jamais de s'y installer
dès le printemps. Quand revient l'hiver, mademoiselle retourne au
château, car dans la «Chambre Jaune», il n'y a point de cheminée.
«Nous étions donc restés, M. Stangerson et moi, dans le pavillon. Nous
ne faisions aucun bruit. Il était, lui, à son bureau. Quant à moi, assis
sur une chaise, ayant terminé ma besogne, je le regardais et je me
disais: «Quel homme! Quelle intelligence! Quel savoir!» J'attache de
l'importance à ceci que nous ne faisions aucun bruit, car «à cause de
cela, l'assassin a cru certainement que nous étions partis». Et tout à
coup, pendant que le coucou faisait entendre la demie passé minuit, une
clameur désespérée partit de la «Chambre Jaune». C'était la voix de
mademoiselle qui criait: «À l'assassin! À l'assassin! Au secours!»
Aussitôt des coups de revolver retentirent et il y eut un grand bruit de
tables, de meubles renversés, jetés par terre, comme au cours d'une
lutte, et encore la voix de mademoiselle qui criait: «À l'assassin!...
Au secours!... Papa! Papa!»
«Vous pensez si nous avons bondi et si M. Stangerson et moi nous nous
sommes rués sur la porte. Mais, hélas! Elle était fermée et bien fermée
«à l'intérieur» par les soins de mademoiselle, comme je vous l'ai dit, à
clef et au verrou. Nous essayâmes de l'ébranler, mais elle était solide.
M. Stangerson était comme fou, et vraiment il y avait de quoi le
devenir, car on entendait mademoiselle qui râlait: «Au secours!... Au
secours!» Et M. Stangerson frappait des coups terribles contre la porte,
et il pleurait de rage et il sanglotait de désespoir et d'impuissance.
«C'est alors que j'ai eu une inspiration.» L'assassin se sera introduit
par la fenêtre, m'écriai-je, je vais à la fenêtre!» Et je suis sorti du
pavillon, courant comme un insensé!
«Le malheur était que la fenêtre de la «Chambre Jaune» donne sur la
campagne, de sorte que le mur du parc qui vient aboutir au pavillon
m'empêchait de parvenir tout de suite à cette fenêtre. Pour y arriver,
il fallait d'abord sortir du parc. Je courus du côté de la grille et, en
route, je rencontrai Bernier et sa femme, les concierges, qui venaient,
attirés par les détonations et par nos cris. Je les mis, en deux mots,
au courant de la situation; je dis au concierge d'aller rejoindre tout
de suite M. Stangerson et j'ordonnai à sa femme de venir avec moi pour
m'ouvrir la grille du parc. Cinq minutes plus tard, nous étions, la
concierge et moi, devant la fenêtre de la «Chambre Jaune». Il faisait un
beau clair de lune et je vis bien qu'on n'avait pas touché à la fenêtre.
Non seulement les barreaux étaient intacts, mais encore les volets,
derrière les barreaux, étaient fermés, comme je les avais fermés
moi-même, la veille au soir, comme tous les soirs, bien que
mademoiselle, qui me savait très fatigué et surchargé de besogne, m'eût
dit de ne point me déranger, qu'elle les fermerait elle-même; et ils
étaient restés tels quels, assujettis, comme j'en avais pris le soin,
par un loquet de fer, «à l'intérieur». L'assassin n'avait donc pas passé
par là et ne pouvait se sauver par là; mais moi non plus, je ne pouvais
entrer par là!
«C'était le malheur! On aurait perdu la tête à moins. La porte de la
chambre fermée à clef «à l'intérieur», les volets de l'unique fenêtre
fermés, eux aussi, «à l'intérieur», et, par-dessus les volets, les
barreaux intacts, des barreaux à travers lesquels vous n'auriez pas
passé le bras... Et mademoiselle qui appelait au secours!... Ou plutôt
non, on ne l'entendait plus... Elle était peut-être morte... Mais
j'entendais encore, au fond du pavillon, monsieur qui essayait
d'ébranler la porte...
«Nous avons repris notre course, la concierge et moi, et nous sommes
revenus au pavillon. La porte tenait toujours, malgré les coups furieux
de M. Stangerson et de Bernier. Enfin elle céda sous nos efforts enragés
et, alors, qu'est-ce que nous avons vu? Il faut vous dire que, derrière
nous, la concierge tenait la lampe du laboratoire, une lampe puissante
qui illuminait toute la chambre.
«Il faut vous dire encore, monsieur, que la «Chambre Jaune» est toute
petite. Mademoiselle l'avait meublée d'un lit en fer assez large, d'une
petite table, d'une table de nuit, d'une toilette et de deux chaises.
Aussi, à la clarté de la grande lampe que tenait la concierge, nous
avons tout vu du premier coup d'oeil. Mademoiselle, dans sa chemise de
nuit, était par terre, au milieu d'un désordre incroyable. Tables et
chaises avaient été renversées, montrant qu'il y avait eu là une
sérieuse «batterie». On avait certainement arraché mademoiselle de son
lit; elle était pleine de sang avec des marques d'ongles terribles au
cou--la chair du cou avait été quasi arrachée par les ongles--et un trou
à la tempe droite par lequel coulait un filet de sang qui avait fait une
petite mare sur le plancher. Quand M. Stangerson aperçut sa fille dans
un pareil état, il se précipita sur elle en poussant un cri de désespoir
que ça faisait pitié à entendre. Il constata que la malheureuse
respirait encore et ne s'occupa que d'elle. Quant à nous, nous
cherchions l'assassin, le misérable qui avait voulu tuer notre
maîtresse, et je vous jure, monsieur, que, si nous l'avions trouvé, nous
lui aurions fait un mauvais parti. Mais comment expliquer qu'il n'était
pas là, qu'il s'était déjà enfui?... Cela dépasse toute imagination.
Personne sous le lit, personne derrière les meubles, personne! Nous
n'avons retrouvé que ses traces; les marques ensanglantées d'une large
main d'homme sur les murs et sur la porte, un grand mouchoir rouge de
sang, sans aucune initiale, un vieux béret et la marque fraîche, sur le
plancher, de nombreux pas d'homme. L'homme qui avait marché là avait un
grand pied et les semelles laissaient derrière elles une espèce de suie
noirâtre. Par où cet homme était-il passé? Par où s'était-il évanoui?
N'oubliez pas, monsieur, qu'il n'y a pas de cheminée dans la «Chambre
Jaune». Il ne pouvait s'être échappé par la porte, qui est très étroite
et sur le seuil de laquelle la concierge est entrée avec sa lampe,
tandis que le concierge et moi nous cherchions l'assassin dans ce petit
carré de chambre où il est impossible de se cacher et où, du reste, nous
ne trouvions personne. La porte défoncée et rabattue sur le mur ne
pouvait rien dissimuler, et nous nous en sommes assurés. Par la fenêtre
restée fermée avec ses volets clos et ses barreaux auxquels on n'avait
pas touché, aucune fuite n'avait été possible. Alors? Alors... je
commençais à croire au diable.
«Mais voilà que nous avons découvert, par terre, «mon revolver». Oui,
mon propre revolver... Ça, ça m'a ramené au sentiment de la réalité! Le
diable n'aurait pas eu besoin de me voler mon revolver pour tuer
mademoiselle. L'homme qui avait passé là était d'abord monté dans mon
grenier, m'avait pris mon revolver dans mon tiroir et s'en était servi
pour ses mauvais desseins. C'est alors que nous avons constaté, en
examinant les cartouches, que l'assassin avait tiré deux coups de
revolver. Tout de même, monsieur, j'ai eu de la veine, dans un pareil
malheur, que M. Stangerson se soit trouvé là, dans son laboratoire,
quand l'affaire est arrivée et qu'il ait constaté de ses propres yeux
que je m'y trouvais moi aussi, car, avec cette histoire de revolver, je
ne sais pas où nous serions allés; pour moi, je serais déjà sous les
verrous. Il n'en faut pas davantage à la justice pour faire monter un
homme sur l'échafaud!»
Le rédacteur du _matin_ fait suivre cette interview des lignes
suivantes:
«Nous avons laissé, sans l'interrompre, le père Jacques nous raconter
grossièrement ce qu'il sait du crime de la «Chambre Jaune». Nous avons
reproduit les termes mêmes dont il s'est servi; nous avons fait
seulement grâce au lecteur des lamentations continuelles dont il
émaillait sa narration. C'est entendu, père Jacques! C'est entendu, vous
aimez bien vos maîtres! Vous avez besoin qu'on le sache, et vous ne
cessez de le répéter, surtout depuis la découverte du revolver. C'est
votre droit et nous n'y voyons aucun inconvénient! Nous aurions voulu
poser bien des questions encore au père Jacques--Jacques-Louis
Moustier--mais on est venu justement le chercher de la part du juge
d'instruction qui poursuivait son enquête dans la grande salle du
château. Il nous a été impossible de pénétrer au Glandier,--et, quant à
la Chênaie, elle est gardée, dans un large cercle, par quelques
policiers qui veillent jalousement sur toutes les traces qui peuvent
conduire au pavillon et peut-être à la découverte de l'assassin.
«Nous aurions voulu également interroger les concierges, mais ils sont
invisibles. Enfin nous avons attendu dans une auberge, non loin de la
grille du château, la sortie de M. de Marquet, le juge d'instruction de
Corbeil. À cinq heures et demie, nous l'avons aperçu avec son greffier.
Avant qu'il ne montât en voiture, nous avons pu lui poser la question
suivante:
«--Pouvez-vous, Monsieur De Marquet, nous donner quelque renseignement
sur cette affaire, sans que cela gêne votre instruction?
«--Il nous est impossible, nous répondit M. de Marquet, de dire quoi que
ce soit. Du reste, c'est bien l'affaire la plus étrange que je
connaisse. Plus nous croyons savoir quelque chose, plus nous ne savons
rien!
«Nous demandâmes à M. de Marquet de bien vouloir nous expliquer ces
dernières paroles. Et voici ce qu'il nous dit, dont l'importance
n'échappera à personne:
«--Si rien ne vient s'ajouter aux constatations matérielles faites
aujourd'hui par le parquet, je crains bien que le mystère qui entoure
l'abominable attentat dont Mlle Stangerson a été victime ne soit pas
près de s'éclaircir; mais il faut espérer, pour la raison humaine, que
les sondages des murs, du plafond et du plancher de la «Chambre Jaune»,
sondages auxquels je vais me livrer dès demain avec l'entrepreneur qui a
construit le pavillon il y a quatre ans, nous apporteront la preuve
qu'il ne faut jamais désespérer de la logique des choses. Car le
problème est là: nous savons par où l'assassin s'est introduit,--il est
entré par la porte et s'est caché sous le lit en attendant Mlle
Stangerson; mais par où est-il sorti? Comment a-t-il pu s'enfuir? Si
l'on ne trouve ni trappe, ni porte secrète, ni réduit, ni ouverture
d'aucune sorte, si l'examen des murs et même leur démolition--car je
suis décidé, et M. Stangerson est décidé à aller jusqu'à la démolition
du pavillon--ne viennent révéler aucun passage praticable, _non
seulement pour un être humain, mais encore pour un être quel qu'il
soit_, si le plafond n'a pas de trou, si le plancher ne cache pas de
souterrain, «il faudra bien croire au diable», comme dit le père
Jacques!»
Et le rédacteur anonyme fait remarquer, dans cet article--article que
j'ai choisi comme étant le plus intéressant de tous ceux qui furent
publiés ce jour-là sur la même affaire--que le juge d'instruction
semblait mettre une certaine intention dans cette dernière phrase: il
faudra bien croire au diable, comme dit le père Jacques.
L'article se termine sur ces lignes: «nous avons voulu savoir ce que le
père Jacques entendait par: «le cri de la Bête du Bon Dieu». On appelle
ainsi le cri particulièrement sinistre, nous a expliqué le propriétaire
de l'auberge du Donjon, que pousse, quelquefois, la nuit, le chat d'une
vieille femme, la mère «Agenoux», comme on l'appelle dans le pays. La
mère «Agenoux» est une sorte de sainte qui habite une cabane, au coeur
de la forêt, non loin de la «grotte de Sainte-Geneviève».
«La «Chambre Jaune», la «Bête du Bon Dieu», la mère Agenoux, le diable,
sainte Geneviève, le père Jacques, voilà un crime bien embrouillé, qu'un
coup de pioche dans les murs nous débrouillera demain; espérons-le, du
moins, pour la raison humaine, comme dit le juge d'instruction. En
attendant, on croit que Mlle Stangerson, qui n'a cessé de délirer et qui
ne prononce distinctement que ce mot: «Assassin! Assassin! Assassin!...»
ne passera pas la nuit...»
Enfin, en dernière heure, le même journal annonçait que le chef de la
Sûreté avait télégraphié au fameux inspecteur Frédéric Larsan, qui avait
été envoyé à Londres pour une affaire de titres volés, de revenir
immédiatement à Paris.