Chapter 28 of 175
LETTRE XXVIII
2 min read · 418 words
_Le Chevalier DANCENY à CÉCILE VOLANGES._
Eh quoi! mademoiselle, vous refusez toujours de me répondre! Rien ne
peut vous fléchir, et chaque jour emporte avec lui l'espoir qu'il avait
amené! Quelle est donc cette amitié que vous consentez qui subsiste
entre nous, si elle n'est pas même assez puissante pour vous rendre
sensible à ma peine; si elle vous laisse froide et tranquille, tandis
que j'éprouve les tourments d'un feu que je ne puis éteindre; si, loin
de vous inspirer de la confiance, elle ne suffit pas même à faire
naître votre pitié? Quoi! votre ami souffre et vous ne faites rien
pour le secourir! Il ne vous demande qu'un mot et vous le lui refusez!
et vous voulez qu'il se contente d'un sentiment si faible, dont vous
craignez encore de lui réitérer les assurances!
Vous ne voudriez pas être ingrate, disiez-vous hier; ah! croyez-moi,
mademoiselle, vouloir payer de l'amour avec de l'amitié, ce n'est pas
craindre l'ingratitude, c'est redouter seulement d'en avoir l'air.
Cependant je n'ose plus vous entretenir d'un sentiment qui ne peut que
vous être à charge, s'il ne vous intéresse pas; il faut au moins le
renfermer en moi-même en attendant que j'apprenne à le vaincre. Je sens
combien ce travail sera pénible; je ne me dissimule pas que j'aurai
besoin de toutes mes forces; je tenterai tous les moyens; il en est un
qui coûtera le plus à mon cœur: ce sera celui de me répéter souvent que
le vôtre est insensible. J'essayerai même de vous voir moins, et déjà
je m'occupe d'en trouver un prétexte plausible.
Quoi! je perdrais donc la douce habitude de vous voir chaque jour! Ah!
du moins je ne cesserai jamais de le regretter. Un malheur éternel sera
le prix de l'amour le plus tendre, et vous l'aurez voulu, et ce sera
votre ouvrage! Jamais, je le sens, je ne retrouverai le bonheur que
je perds aujourd'hui; vous seule étiez faite pour mon cœur; avec quel
plaisir je ferais le serment de ne vivre que pour vous! Mais vous ne
voulez pas le recevoir, votre silence m'apprend assez que votre cœur
ne vous dit rien pour moi, il est à la fois la preuve la plus sûre de
votre indifférence et la manière la plus cruelle de me l'annoncer.
Adieu, mademoiselle.
Je n'ose plus me flatter d'une réponse, l'amour l'eût écrit avec
empressement, l'amitié avec plaisir, la pitié même avec complaisance;
mais la pitié, l'amitié et l'amour sont également étrangers à votre
cœur.
_Paris, ce 23 août 17**._