Chapter 119 of 175
LETTRE CXIX
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_Madame de ROSEMONDE à la Présidente de TOURVEL._
Quoique je souffre encore beaucoup, ma chère belle, j'essaie de vous
écrire moi-même, afin de pouvoir vous parler de ce qui vous intéresse.
Mon neveu garde toujours sa misanthropie. Il envoie fort régulièrement
savoir de mes nouvelles tous les jours; mais il n'est pas venu une
fois s'en informer lui-même, quoique je l'en ai fait prier: en sorte
que je ne le vois pas plus que s'il était à Paris. Je l'ai pourtant
rencontré ce matin, où je ne l'attendais guère. C'est dans ma chapelle,
où je suis descendue pour la première fois depuis ma douloureuse
incommodité. J'ai appris aujourd'hui que depuis quatre jours il y va
régulièrement entendre la messe. Dieu veuille que cela dure!
Quand je suis entrée, il est venu à moi, et m'a félicitée fort
affectueusement sur le meilleur état de ma santé. Comme la messe
commençait, j'ai abrégé la conversation, que je comptais bien reprendre
après; mais il a disparu avant que j'aie pu le joindre. Je ne vous
cacherai pas que je l'ai trouvé un peu changé. Mais ma chère belle,
ne me faites pas repentir de ma confiance en votre raison, par des
inquiétudes trop vives; et surtout soyez sûre que j'aimerais encore
mieux vous affliger que vous tromper.
Si mon neveu continue à me tenir rigueur, je prendrai le parti,
aussitôt que je serai mieux, de l'aller voir dans sa chambre, et je
tâcherai de pénétrer la cause de cette singulière manie, dans laquelle
je crois bien que vous êtes pour quelque chose. Je vous manderai ce que
j'aurai appris. Je vous quitte ne pouvant plus remuer les doigts: et
puis, si Adélaïde savait que j'ai écrit, elle me gronderait toute la
soirée. Adieu, ma belle.
_Du château de..., ce 20 octobre 17**._