Chapter 164 of 175
LETTRE CLXIV
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_Madame de ROSEMONDE à Monsieur BERTRAND._
Je reçois votre lettre à l'instant même, mon cher Bertrand, et
j'apprends par elle l'affreux événement dont mon neveu a été la
malheureuse victime. Oui, sans doute, j'aurai des ordres à vous donner,
et ce n'est que pour eux que je peux m'occuper d'autre chose que de ma
mortelle affliction.
Le billet de M. Danceny, que vous m'avez envoyé, est une preuve bien
convaincante que c'est lui qui a provoqué le duel, et mon intention est
que vous en rendiez plainte sur-le-champ et en mon nom. En pardonnant à
son ennemi, à son meurtrier, mon neveu a pu satisfaire à sa générosité
naturelle; mais moi, je dois venger à la fois sa mort, l'humanité et
la religion. On ne saurait trop exciter la sévérité des lois contre ce
reste de barbarie, qui infecte encore nos mœurs, et je ne crois pas
que ce puisse être dans ce cas que le pardon des injures nous soit
prescrit. J'entends donc que vous suiviez cette affaire avec tout le
zèle et toute l'activité dont je vous connais capable et que vous devez
à la mémoire de mon neveu.
Vous aurez soin, avant tout, de voir M. le président de... de ma part
et d'en conférer avec lui. Je ne lui écris pas, pressée que je suis de
me livrer tout entière à ma douleur. Vous lui ferez mes excuses et lui
communiquerez cette lettre.
Adieu, mon cher Bertrand; je vous loue et vous remercie de vos bons
sentiments, et suis pour la vie toute à vous.
_Du château de..., ce 8 décembre 17**._
[Illustration: PL. XII
_Mlle Gérard inv._
_Ph. Trière sc._
LETTRE CLXV]