Chapter 43 of 175
LETTRE XLIII
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_La Présidente de TOURVEL au Vicomte de VALMONT._
Pourquoi chercher, monsieur, à diminuer ma reconnaissance? Pourquoi
ne vouloir m'obéir qu'à demi et marchander en quelque sorte un
procédé honnête? Il ne vous suffit donc pas que j'en sente le prix?
Non seulement vous demandez beaucoup, mais vous demandez des choses
impossibles. Si, en effet, mes amis m'ont parlé de vous, ils ne l'ont
pu faire que par intérêt pour moi; quand même ils se seraient trompés,
leur intention n'en était pas moins bonne, et vous me proposez de
reconnaître cette marque d'attachement de leur part, en vous livrant
leur secret! J'ai déjà eu tort de vous en parler et vous me le faites
assez sentir en ce moment. Ce qui n'eût été que de la candeur avec tout
autre devient une étourderie avec vous, et me mènerait à une noirceur
si je cédais à votre demande. J'en appelle à vous-même, à votre
honnêteté, m'avez-vous cru capable de ce procédé? avez-vous dû me le
proposer? Non sans doute, et je suis sûre qu'en y réfléchissant mieux,
vous ne reviendrez plus sur cette demande.
Celle que vous me faites de m'écrire n'est guère plus facile à
accorder, et si vous voulez être juste, ce n'est pas à moi que vous
vous en prendrez. Je ne veux point vous offenser, mais avec la
réputation que vous vous êtes acquise et que, de votre aveu même,
vous méritez du moins en partie, quelle femme pourrait avouer être en
correspondance avec vous? et quelle femme honnête peut se déterminer à
faire ce qu'elle sent qu'elle serait obligée de cacher?
Encore, si j'étais assurée que vos lettres fussent telles que je
n'eusse jamais à m'en plaindre, que je pusse toujours me justifier à
mes yeux de les avoir reçues! peut-être alors le désir de vous prouver
que c'est la raison et non la haine qui me guide, me ferait passer
par-dessus ces considérations puissantes, et faire beaucoup plus que je
ne devrais en vous permettant de m'écrire quelquefois. Si en effet vous
le désirez autant que vous me le dites, vous vous soumettrez volontiers
à la seule condition qui puisse m'y faire consentir, et si vous avez
quelque reconnaissance de ce que je fais pour vous en ce moment, vous
ne différerez plus de partir.
Permettez-moi de vous observer à ce sujet que vous avez reçu une lettre
ce matin, et que vous n'en avez pas profité pour annoncer votre départ
à Mme de Rosemonde, comme vous me l'aviez promis. J'espère qu'à présent
rien ne pourra vous empêcher de tenir votre parole. Je compte surtout
que vous n'attendrez pas, pour cela, l'entretien que vous me demandez,
auquel je ne veux absolument pas me prêter, et qu'au lieu de l'ordre
que vous prétendez vous être nécessaire, vous vous contenterez de la
prière que je vous renouvelle. Adieu, monsieur.
_De..., ce 27 août 17**._
[Illustration: PL. IV
_Godefroy inv. et sc._
LETTRE XLIV]