Chapter 154 of 175
LETTRE CLIV
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_Madame de VOLANGES à Madame de ROSEMONDE._
Les bulletins vous instruisent mieux que je ne pourrais le faire,
ma chère amie, du fâcheux état de notre malade. Tout entière aux
soins que je lui donne, je ne prends sur eux le temps de vous écrire
qu'autant qu'il y a d'autres événements que ceux de la maladie. En
voici un auquel certainement je ne m'attendais pas. C'est une lettre
que j'ai reçue de M. de Valmont, à qui il a plu de me choisir pour sa
confidente et même pour sa médiatrice auprès de Mme de Tourvel, pour
qui il avait aussi joint une lettre à la mienne. J'ai renvoyé l'une
en répondant à l'autre. Je vous fais passer cette dernière et je crois
que vous jugerez comme moi, que je ne pouvais ni ne devais rien faire
de ce qu'il me demande. Quand je l'aurais voulu, notre malheureuse
amie n'aurait pas été en état de m'entendre. Son délire est continuel.
Mais que direz-vous de ce désespoir de M. de Valmont? D'abord, faut-il
y croire, ou veut-il seulement tromper tout le monde et jusqu'à la
fin[52]? Si pour cette fois il est sincère, il peut bien dire qu'il
a lui-même fait son bonheur. Je crois qu'il sera peu content de ma
réponse, mais j'avoue que tout ce qui me fixe sur cette malheureuse
aventure me soulève de plus en plus contre son auteur.
Adieu, ma chère amie, je retourne à mes tristes soins, qui le
deviennent bien davantage encore par le peu d'espoir que j'ai de les
voir réussir. Vous connaissez mes sentiments pour vous.
_Paris, ce 5 décembre 17**._
[52] C'est parce qu'on n'a rien trouvé dans la suite de cette
correspondance qui pût résoudre ce doute qu'on a pris le parti
de supprimer la lettre de M. de Valmont.