Chapter 49 of 175
LETTRE XLIX
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_CÉCILE VOLANGES au Chevalier DANCENY._
Sans être ni légère ni trompeuse, il me suffit, monsieur, d'être
éclairée sur ma conduite pour sentir la nécessité d'en changer; j'en ai
promis le sacrifice à Dieu, jusqu'à ce que je puisse lui offrir aussi
celui de mes sentiments pour vous, que l'état religieux dans lequel
vous êtes rend plus criminels encore. Je sens bien que cela me fera de
la peine, et je ne vous cacherai même pas que depuis avant-hier j'ai
pleuré toutes les fois que j'ai songé à vous. Mais j'espère que Dieu
me fera la grâce de me donner la force nécessaire pour vous oublier,
comme je la lui demande soir et matin. J'attends même de votre amitié
et de votre honnêteté, que vous ne chercherez pas à me troubler dans
la bonne résolution qu'on m'a inspirée et dans laquelle je tâche de
me maintenir. En conséquence, je vous demande d'avoir la complaisance
de ne me plus écrire, d'autant que je vous préviens que je ne vous
répondrais plus et que vous me forceriez d'avertir maman de tout ce qui
se passe, ce qui me priverait tout à fait du plaisir de vous voir.
Je n'en conserverai pas moins pour vous tout l'attachement qu'on puisse
avoir sans qu'il y ait du mal; et c'est bien de toute mon âme que je
vous souhaite toute sorte de bonheur. Je sens bien que vous allez ne
plus m'aimer autant, et que peut-être vous en aimerez bientôt une autre
mieux que moi. Mais ce sera une pénitence de plus de la faute que j'ai
commise en vous donnant mon cœur, que je ne devais donner qu'à Dieu et
à mon mari, quand j'en aurai un. J'espère que la miséricorde divine
aura pitié de ma faiblesse et qu'elle ne me donnera de peine que ce que
j'en pourrai supporter.
Adieu, monsieur; je peux bien vous assurer que s'il m'était permis
d'aimer quelqu'un, ce ne serait jamais que vous que j'aimerais. Mais
voilà tout ce que je peux vous dire, et c'est peut-être même plus que
je ne devrais.
_De..., ce 31 août 17**._