Chapter 8 of 175
LETTRE VIII
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_La Présidente de TOURVEL à Madame de VOLANGES._
On ne peut être plus sensible que je le suis, madame, à la confiance
que vous me témoignez, ni prendre plus d'intérêt que moi à
l'établissement de Mlle de Volanges. C'est bien de toute mon âme que je
lui souhaite une félicité dont je ne doute pas qu'elle ne soit digne,
et sur laquelle je m'en rapporte bien à votre prudence. Je ne connais
point M. le comte de Gercourt; mais, honoré de votre choix, je ne puis
prendre de lui qu'une idée très avantageuse. Je me borne, madame, à
souhaiter à ce mariage un succès aussi heureux qu'au mien, qui est
pareillement votre ouvrage, et pour lequel chaque jour ajoute à ma
reconnaissance. Que le bonheur de Mlle votre fille soit la récompense
de celui que vous m'avez procuré, et puisse la meilleure des amies être
aussi la plus heureuse des mères!
Je suis vraiment peinée de ne pouvoir vous offrir de vive voix
l'hommage de ce vœu sincère, et faire, aussi tôt que je le désirerais,
connaissance avec Mlle de Volanges. Après avoir éprouvé vos bontés
vraiment maternelles, j'ai droit d'espérer d'elle l'amitié tendre d'une
sœur. Je vous prie, madame, de vouloir bien la lui demander de ma part,
en attendant que je me trouve à portée de la mériter.
Je compte rester à la campagne tout le temps de l'absence de M. de
Tourvel. J'ai pris ce temps pour jouir et profiter de la société de la
respectable Mme de Rosemonde. Cette femme est toujours charmante: son
grand âge ne lui fait rien perdre; elle conserve toute sa mémoire et sa
gaieté. Son corps seul a quatre-vingt-quatre ans; son esprit n'en a que
vingt.
Notre retraite est égayée par son neveu, le vicomte de Valmont, qui a
bien voulu nous sacrifier quelques jours. Je ne le connaissais que de
réputation, et elle me faisait peu désirer de le connaître davantage;
mais il me semble qu'il vaut mieux qu'elle. Ici, où le tourbillon du
monde ne le gâte pas, il parle raison avec une facilité étonnante,
et il s'accuse de ses torts avec une candeur rare. Il me parle avec
beaucoup de confiance, et je le prêche avec beaucoup de sévérité. Vous
qui le connaissez, vous conviendrez que ce serait une belle conversion
à faire, mais je ne doute pas, malgré ses promesses, que huit jours
de Paris ne lui fassent oublier tous mes sermons. Le séjour qu'il fera
ici sera au moins autant de retranché sur sa conduite ordinaire, et je
crois que, d'après sa façon de vivre, ce qu'il peut faire de mieux est
de ne rien faire du tout. Il sait que je suis occupée à vous écrire,
et il m'a chargée de vous présenter ses respectueux hommages. Recevez
aussi le mien avec la bonté que je vous connais, et ne doutez jamais
des sentiments sincères avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.
_Du château de..., ce 9 août 17**._