Chapter 93 of 175
LETTRE XCIII
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_Le Chevalier DANCENY à CÉCILE VOLANGES._
(_Jointe à la précédente._)
Je ne puis vous dissimuler combien j'ai été affligé en apprenant de
Valmont, le peu de confiance que vous continuez à avoir en lui. Vous
n'ignorez pas qu'il est mon ami, qu'il est la seule personne qui puisse
nous rapprocher l'un de l'autre; j'avais cru que ces titres seraient
suffisants auprès de vous; je vois avec peine que je me suis trompé.
Puis-je espérer qu'au moins vous m'instruirez de vos raisons? Ne
trouvez-vous pas encore quelques difficultés qui vous en empêcheront?
Je ne puis cependant deviner sans vous, le mystère de cette conduite.
Je n'ose soupçonner votre amour, sans doute aussi vous n'oseriez trahir
le mien. Ah! Cécile!...
Il est donc vrai que vous avez refusé un moyen de me voir? un moyen
_simple, commode et sûr_[38]? Et c'est ainsi que vous m'aimez! Une si
courte absence a bien changé vos sentiments. Mais pourquoi me tromper?
Pourquoi me dire que vous m'aimez toujours, que vous m'aimez davantage?
Votre maman en détruisant votre amour, a-t-elle aussi détruit
votre candeur? Si au moins elle vous a laissé quelque pitié, vous
n'apprendrez pas sans peine les tourments affreux que vous me causez.
Ah! je souffrirais moins pour mourir.
[38] Danceny ne sait pas quel était ce moyen, il répète
seulement l'expression de Valmont.
Dites-moi donc, votre cœur m'est-il fermé sans retour? m'avez-vous
entièrement oublié? Grâce à vos refus, je ne sais ni quand vous
entendrez mes plaintes, ni quand vous y répondrez. L'amitié de Valmont
avait assuré notre correspondance; mais vous vous n'avez pas voulu;
vous la trouviez pénible, vous avez préféré qu'elle fût rare. Non, je
ne croirai plus à l'amour, à la bonne foi. Eh! qui peut-on croire si
Cécile m'a trompé?
Répondez-moi donc: est-il vrai que vous ne m'aimez plus? Non, cela
n'est pas possible; vous vous faites illusion; vous calomniez votre
cœur. Une crainte passagère, un moment de découragement, mais que
l'amour a bientôt fait disparaître, n'est-il pas vrai, ma Cécile? Ah!
sans doute et j'ai tort de vous accuser. Que je serais heureux d'avoir
tort! Que j'aimerais à vous faire de tendres excuses, à réparer ce
moment d'injustice par une éternité d'amour!
Cécile, Cécile, ayez pitié de moi! Consentez à me voir, prenez-en
tous les moyens! Voyez ce que produit l'absence des craintes,
soupçons, peut-être de la froideur! Un seul regard, un seul mot et
nous serons heureux. Mais quoi! puis-je encore parler de bonheur?
peut-être est-il perdu pour moi, perdu pour jamais. Tourmenté par la
crainte, cruellement pressé entre les soupçons injustes et la vérité
plus cruelle, je ne puis m'arrêter à aucune pensée; je ne conserve
d'existence que pour souffrir et vous aimer. Ah! Cécile, vous seule
avez le droit de me la rendre chère, et j'attends du premier mot que
vous prononcerez le retour du bonheur ou la certitude d'un désespoir
éternel.
_Paris, ce 27 septembre 17**._