Chapter 153 of 175
LETTRE CLIII
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_Le Vicomte de VALMONT à la Marquise de MERTEUIL._
Je réponds sur-le-champ à votre lettre et je tâcherai d'être clair, ce
qui n'est pas facile avec vous quand une fois vous avez pris le parti
de ne pas entendre.
De longs discours n'étaient pas nécessaires pour établir que chacun de
nous ayant en main tout ce qu'il faut pour perdre l'autre, nous avons
un égal intérêt à nous ménager mutuellement; aussi, ce n'est pas de
cela dont il s'agit. Mais encore entre le parti violent de se perdre et
celui, sans doute meilleur, de rester unis comme nous l'avons été, de
le devenir davantage encore en reprenant notre première liaison; entre
ces deux partis, dis-je, il y en a mille autres à prendre. Il n'était
donc pas ridicule de vous dire et il ne l'est pas de vous répéter que,
de ce jour même, je serai ou votre amant ou votre ennemi.
Je sens à merveille que ce choix vous gêne, qu'il conviendrait mieux
de tergiverser, et je n'ignore pas que vous n'avez jamais aimé à être
placée ainsi entre le oui et le non; mais vous devez sentir aussi que
je ne puis vous laisser sortir de ce cercle étroit sans risquer d'être
joué, et vous avez dû prévoir que je ne le souffrirais pas. C'est
maintenant à vous de décider; je peux vous laisser le choix, mais non
pas rester dans l'incertitude.
Je vous préviens seulement que vous ne m'abuserez pas par vos
raisonnements, bons ou mauvais; que vous ne me séduirez pas davantage
par quelques cajoleries dont vous chercheriez à parer vos refus, et
qu'enfin, le moment de la franchise est arrivé. Je ne demande pas mieux
que de vous donner l'exemple, et je vous déclare avec plaisir que je
préfère la paix et l'union; mais s'il faut rompre l'une ou l'autre, je
crois en avoir le droit et les moyens.
J'ajoute donc que le moindre obstacle mis de votre part sera pris de
la mienne pour une véritable déclaration de guerre; vous voyez que la
réponse que je vous demande n'exige ni longues ni belles phrases. Deux
mots suffisent.
_Paris, ce 4 décembre 17**._
_Réponse de la Marquise DE MERTEUIL écrite au bas de la même lettre._
Eh bien! la guerre.